Industrie musicale

Qu’est-ce que le Lofi Hip Hop ?

Le Lofi Hip Hop est une musique relaxante, nostalgique, idéale à écouter seul, chez soi dans sa chambre. Ça vous rappelle une situation particulière ? Les confinements bien sûr ! Lorsque l’isolement nous a été imposé, une fenêtre sur le monde a fait office d’échappatoire : le lofi hip hop.

Depuis des années déjà, le style conquiert des hordes d’étudiants solitaires en mal de concentration ou des rêveurs mélancolique et solitaire. Le lofi hip hop prend de l’ampleur depuis des années, mais à pris un coup d’accélérateur avec le confinement. Qu’est-ce que cette musique, et pourquoi un tel succès ?

Pour comprendre le lofi hip hop, retenez que son succès est dû à la convergence de plusieurs choses. D’abord la musique en elle-même, qu’on va décrire par la suite, mais pas seulement. C’est une esthétique visuelle très identifiable, et enfin une communauté qui interagit beaucoup. 3 éléments qui, assemblés entre eux, forment un tout cohérent et diablement efficace.

L’ADN du Hip Hop Lofi

Avant tout, qu’est-ce que ça veut dire Lofi ? C’est la contraction de “Low Fidelity“. Par définition, le lofi hip hop n’est pas de bonne facture techniquement parlant. C’est tout l’intérêt du genre : des grésillements de vinyls, des petits défauts organiques, des voix lointaines, presque inaudibles. Mais alors d’où vient le lofi hip hop ?

Les balbutiements du genre remontent au début des années 2000 ! Et oui ça ne date pas d’hier. L’un des grands inspirateurs du mouvement ? J Dilla, producteur Hip Hop légendaire, réputé pour sa capacité à échantillonner la musique comme personne d’autre. A l’âge de 32 ans, il décède des suites d’une maladie rare, et laisse derrière lui un héritage musical qui marquera toutes les nouvelles générations de producteurs. Depuis lors, il est acclamé par un grand nombre de personnalités, Pharrell Williams notamment a souvent expliqué qu’il était son producteur préféré.

Au-delà de ses albums sous le nom de Jay Dee, c’est la circulation d’une tape non autorisée, sur laquelle on retrouve les instrumentales dénuées de lyrics du projet Welcome 2 Detroit qui a beaucoup fait parler de lui. De sites de téléchargements en sites de téléchargements, de la main à la main, la mixtape se diffuse comme une trainée de poudre. Et les gens l’écoutent comme ça, sans avoir besoin des paroles.

Le style de cette mixtape, même si elle est sortie en 2001, rappelle les beats old school, boom bap des années 90. C’est un total contre-pied de ce qui est en train d’arriver en 2000. Et pourtant le succès est bien présent. Des beats lents, des samples qui grésillent, pas de paroles, on a les début d’un phénomène.

Et ce n’est pas le seul à se prendre au jeu. On retrouve d’autres légendes comme 9th Wonder ou MF Doom, accrochés à cette vibe qui leur est propre. Une recette musicale se dessine ici mais comme on l’a expliqué en intro, il reste encore à découvrir la composante esthétique.

 

 

L’apparition d’une esthétique Lofi

C’est Ryan Celsius créateur d’une chaîne YouTube à son nom diffusant du Hip Hop Lofi, qui expliqua au magazine Trax : “L’une des marques de fabrique d’Adult Swim était de passer ce qu’elle appelait des bumps c’est-à-dire de très courtes vidéos de quelques secondes sur lesquelles on pouvait entendre des extraits d’instrumentaux de J Dilla ou MF Doom, accompagnés parfois d’images de nature ou de Tokyo la nuit.” Par la suite, les producteurs qui publieront leur musique sur internet auront à cœur de recréer ces vidéos, ajoutant un contexte cohérent à leur son.  

Il existe aussi un rapprochement de l’esthétique manga et celle du lofi hip hop, qui est très probablement lié au fait qu’un des précurseurs du genre, Nujabes, ait composé la musique du manga Samouraï Shamploo. C’est un manga qui acquis une dimension culte, même si le succès à sa sortie n’a pas du tout été au rendez-vous. Les fans n’ont malheureusement eu qu’une saison à se mettre sous la dent. La BO, très présente, ajoute une dimension hyper intéressante à la série, en créant un décalage de part son anachronisme puisque l’action prend place à époque moyenâgeuse fictive.

 

 

Si vous avez déjà ridé internet à la recherche de sources intarissables de lofi hip hop, vous êtes déjà sûrement tombé sur la désormais très célèbre Lofi Girl.

Pour la petite histoire, la lofi girl n’est pas une image récupérée au tréfond d’un manga méconnu, non. C’est le propriétaire de la chaîne YouTube Chilled Cow qui a passé commande auprès d’une école d’art basée à Lyon, l’école d’Emile Cohl. Et c’est le Colombien Juan Pablo qui répond à l’appel, et dessine celle qu’on connaît désormais sous le nom de Lofi Girl. D’ailleurs les Lyonnais auront peut-être reconnu la colline de Croix Rousse à travers la fenêtre du bureau du personnage.

Depuis, la chaîne ChilledCow a tellement vu la Lofi Girl incarner son identité, qu’elle a décidé en mars dernier de changer de nom pour celui de Lofi Girl.

 

 

Bref, l’esthétique est assez facile à cerner mais diablement efficace et indissociable du genre. On retrouve beaucoup de personnages de manga ou dessins-animés, tristes ou concentrés. S’ils sont développés en vidéo, c’est des boucles sans fin, qui se répètent, à l’image de la musique. D’ailleurs certaines évolutions du lofi hip hop, comme la vaporwave par exemple, reprennent cette idée de boucle pour mettre en scène des images plus abstraites encore. 

 

 

Internet, le vecteur d’un genre

Dès les prémices du genre, Internet a eu un rôle prépondérant, avec notamment le partage de la tape instrumentale de J Dilla sur les sites de téléchargements illégaux. De nos jours, le Lofi s’est fait la part belle grâce à des chaînes YouTube qui en diffusent 24/7, et puis dans la foulée à des playlists interminables sur les plateformes de streaming. D’ailleurs, si vous faites du lofi, Spinnup est la plateforme idéale pour mettre votre musique en ligne.

La chaîne Lofi Girl (anciennement ChilledCow) s’est notamment fait connaître pour son stream “lofi hip hop radio – beats to relax/study to”, ce même stream sur lequel on peut regarder la fameuse Lofi Girl étudier. Il dure depuis très longtemps, mais il a été stoppé par erreur par Youtube en février 2020. Et quand un live stream sur YouTube se stoppe, on peut voir le nombre de vues qu’il a généré, ainsi que le nombre d’heures qu’il a duré. Ici, on a pu se rendre compte qu’il durait depuis : 13.165 heures (soit 548,5 jours) et qu’il avait cumulé 218 millions de vues. C’est un des livestreams les plus longs de l’histoire de YouTube, et il continue d’émettre puisque YouTube a relancé la machine après s’être excusé de son erreur.

Le Lofi hip hop est un genre qui se consomme en masse. Peu de gens picorent une track ou deux par là, mais s’envoient plutôt des playlists pendant des heures. D’où le besoin d’une grande quantité de sons, ce qui colle bien avec le format stream en non-stop. Et qui dit stream, dit chat en direct.

Plus qu’un genre, c’est toute une communauté qui s’est créée autour du Lofi. Sur Youtube, un stream en direct est associé à un chat, permettant aux participants de réagir. Les instigateurs des streams se sont vite aperçus que l’engagement était important dans ces chats. En fait le Lofi est une musique qui s’écoute seul chez-soi, alors ces chats permettent de connecter des gens seuls entre eux. Des gens qui révisent, mais aussi des gens qui dépriment.

La chaîne College Music a bien compris qu’au sein de sa communauté, certains n’allaient pas bien. Que ça soit sur les chats des streams YouTube ou sur les serveurs Discord qu’ils ont créés, les témoignages d’anxiété, de tristesse, d’envies suicidaires peuvent arriver. Alors pour y remédier, les admins de la chaîne basent leurs communications avec leur communauté sur la bienveillance, l’entraide.

En 2019, ils ont décidé de frapper un grand coup pour la prévention, en diffusant une vidéo de leur Lofi Girl maison, la Study Girl, s’effondrant en sanglots au-dessus de sa feuille. La musique s’arrête. Elle sort un couteau, le pointe vers sa poitrine, avant de le lâcher. Un écran noir apparaît, sur lequel on peut lire un message de prévention contre le suicide. Une vidéo choc, qui cumule aujourd’hui plus 3,8 millions de vues.

 

TW : SUICIDE

 

Qui incarne le lofi hip hop ?

Les têtes de proues d’un genre musical servent généralement de porte d’entrée quand on cherche à s’y initier. On commence par les artistes qui ont les plus grandes fanbases, puis on creuse pour voir ce que les artistes plus confidentiels font. Pour le lofi hip hop, c’est un peu différent et plutôt inédit. Il est assez difficile d’identifier des têtes d’affiche, des stars du game, car le style se consomme à l’aveugle, à grand coup de playlists et de livestream.

Donc les vraies stars ce sont les chaînes YouTube comme Lofi Girl, Chillhop, E m o t i o n a l T o k y o, Triangle Music, et bien d’autres encore. Mais après tout, ce sont les artistes qui composent cette musique, alors on a décidé de partager ceux qu’on a repérés.

Nujabes, le pionnier

Pour comprendre la base du lofi hip hop, il faut commencer par écouter du Nujabes. L’artiste japonais qui est mort tragiquement en 2010 des suites d’un accident de voiture à Tokyo, est en grande partie fondateur du mouvement lofi hip hop. On l’a dit précédemment, c’est sa B.O pour le manga Samourai Champloo qui pose les bases à la fois des sonorités et de l’esthétique visuelle du genre. Sa discographie est très dense, mais on vous recommande d’écouter la B.O du manga bien sûr, et l’album Modal Soul sorti en 2005, sur lequel figure le classique “Feather”.

 

Sátyr

Si écouter du lofi se fait en ponçant des playlists, difficile de ne pas avoir ses petites préférences. Les sons s’enchaînent et il y en a un qui sort du lot, alors tu relèves la tête et tu checks l’artiste. Pour Sátyr, c’est même arrivé 2 fois en écoutant la playlist Lofi Girl. D’ailleurs, l’ombre du mastodonte plane au-dessus de l’artiste, car en plus de lui procurer une belle exposition, c’est aussi le label sur lequel sortent ses albums. Et oui, Lofi Girl est aussi un label.

Kupla

Dans la même veine que Sátyr, Kupla est un artiste très reconnu de cette scène passionnante. Ce finlandais passionné est musicien depuis l’âge de 7 ans. Alors qu’il peine à trouver sa voie, il plaque tout pour tenter une université londonienne prestigieuse, qui propose à ce moment-là un cours d’art sonore. L’artiste réunit ses productions et crée le projet artistique Kupla en guise de portfolio pour intégrer l’école. Quelques années plus tard, il rencontre le boss d’une autre chaîne Youtube influente : Chill Hop Music. Une discussion en entraînant une autre, il signe une première sortie sur le label de la chaîne, lui permettant de se professionnaliser et de percer.

 

Chez Spinnup, notre rôle c’est de distribuer de la musique, on s’est demandé si certains producteurs lofi passait par nous pour mettre leur musique sur les plateformes. Alors on vous a posé la question en story sur Instagram, et on a découvert quelques pépites que voici :

 

Kuppaa :

 

• Ipnøz :

 

• Comatz :

 

Musique de solitaire, musique de confinement, le lofi hip hop a encore une bel avenir qui se présente à lui. Il réunit toutes les composantes nécessaires à sa survie, plus qu’une tendance, un courant musical riche.