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Interview : La pop de glandeur de Pasta Grows On Trees

Des pâtes qui poussent dans les arbres. En voilà une solution concrète pour la population estudiantine dont se réclame fièrement le dijonnais Simon Dougé alias Pasta Grows On Trees (anciennement Gepsiz).

En 2017, il réalise un EP psychédélique aux accents lo-fi Waves, Daisies and Troubled Dreams depuis sa chambre. Cinq titres qui, loin de sentir le renfermé mais un peu l’herbe quand même, transportent efficacement les nostalgiques du buvard.

Avec l’album Bohemian Songs, le voyage intérieur s’est fait à l’extérieur des frontières. A Prague lors de son année d’Erasmus, il mord à plein dents dans ce grand gâteau virtuel qu’on appelle bedroom pop/lo-fi.

Et malgré la saturation que les amateurs du genre pourraient connaître, il parvient à y apporter une touche de nouveauté. Le grain de moutarde en plus qui rend le tout digeste, voire même plutôt délicieux.

Dans le récent clip de Désert Sentimental, premier single de l’album, il parle de sa relation avec le houblon à travers un behind the scene trash du Muppet Show.

Une plongée dans la tête d’un musicien de pop de glandeur (selon ses mots).

 

Visiblement tu es bien influencé par la scène psyché des années 70, à quand remonte ta rencontre avec cette époque ?

 

A 12 ans, je suis sorti du musée des Beatles c’est à ce moment là que j’ai voulu faire de la guitare. Ça vient surtout des derniers albums des Beatles, la période 67-70 même si tous les albums sont assez mythiques. Aujourd’hui j’écoute plus beaucoup. Ouais ça vient surtout des Beatles, surtout George Harrison. Sinon s’il y a un groupe qui me vient comme ça je dirais Sweet Smoke.

 

En studio tu bosses comment ? 

 

Personne ne bosse avec moi sur les versions studios par contre je suis en train de monter un format live où je suis accompagné de 4 personnes. Mais en studio je reste seul. Le dernier album je l’ai enregistré à Prague pendant une année d’Erasmus et là j’ai pas mal de groupes qui m’ont influencé parce que je l’ai composé un peu sur le tard. Notamment au niveau du format live parce qu’en ce moment je fais du karaoké live.

 

Comment a évolué le live pour toi ?

 

J’ai eu plusieurs périodes en fait, j’ai commencé en guitare voix fin 2015. Ensuite j’ai eu un backing band on était quatre. Et c’est depuis l’année dernière quand je suis arrivé à Prague que j’ai commencé le karaoké live. Ça se passe assez simplement, j’ai mon ordinateur mes instrumentaux. Je les lance, je chante dessus et je fais des galipettes.

 

Quand est-ce que tu as décidé de sortir de ta chambre pour t’attaquer au public ?

 

J’ai reçu un message par hasard sur Facebook, à ce moment j’étais encore dans ma chambre à faire de la production. On m’a proposé une bonne première partie et j’ai dit je prends ma guitare et j’arrive. Et c’était un échec. C’est souvent ça les premiers live.

 

Qu’est ce que tu as tué chez Gepsiz et à quoi as-tu donné naissance avec Pasta Gows On Trees ?

 

Ca fait déjà un petit moment que Gepsiz, le nom en soi, me soulait pas mal, ça fait référence à plein de trucs qui me représentaient pas du tout. Et en fait Gepsiz s’est tué par lui-même, en arrivant à Prague, Gepsiz ça renvoie à la musique gitane, musique de bohème. C’était encore plus présent là bas à l’étranger. Je me suis dis c’est bon j’en ai marre depuis un petit moment en plus ça passe encore moins dans des pays qui parlent pas anglais, je change de nom, Pasta Grows On Trees parce que j’adore les pâtes. Je suis étudiant donc…

 

On devine sacré rapport à la solitude dans tes chansons, notamment dans Désert Sentimental, c’est l’effet bedroom ?

 

Si je suis venu à la bedroom pop c’est pas non plus un hasard. Je suis assez seul en général et quand tu restes seul assez longtemps ça travaille. Et c’est beaucoup la solitude qui m’inspire aussi.

 

L’émergence des artistes comme Mac Demarco ça a eu quel effet sur toi ?

 

Quand j’ai écouté Mac Demarco je savais pas qu’on appelait ça de la bedroom pop, y’avait le côté DIY derrière. C’est après quand j’ai su ça que j’en ai beaucoup écouté, mais ça vient plus du processus de composition que d’influences musicales.

 

Aujourd’hui tu mets plus ta voix en avant, tu chantes en français…

 

Le fait de me mettre à la scène m’a fait beaucoup évoluer au niveau du chant. T’arrives à ton premier live et en fait tu te rends compte que tu sais pas spécialement chanter avec un micro. Donc j’ai pas mal travaillé ma voix à ce niveau-là. Il y a deux musiques en français dans l’album. Le premier morceau que j’ai écrit c’était Sous Les Pavés qui introduit l’album. J’avais une problématique c’était que le chant passait pas du tout en anglais et j’avais rédigé un truc en français qui passait bien. Et depuis j’arrive pas à écrire en anglais, j’ai même plus envie en fait. Il y a clairement une prise de conscience derrière qu’en français le chant ressort beaucoup plus, c’est plus impactant.

 

Et le discours change avec le français, tu essaies de faire passer autre chose ?

 

Je dis des choses différentes c’est clair et net. Et oui et non parce que l’impact est différent et quand je chante je le fais différemment mais je reste toujours dans cet espèce de double sens dans mes musiques. Y’a toujours ce côté rêveur que j’ai l’habitude de faire passer aussi en anglais. Mais pour l’instant ce que j’écris en français ressemble pas mal à ce que je chante en anglais aussi.

 

Qu’est-ce que tu as trouvé à Prague que tu n’avais pas en France ?

 

J’ai trouvé à Prague un public étranger qui a été beaucoup pour moi parce que j’ai beaucoup joué à Dijon et c’était souvent des amis ou des gens que je connaissais de près ou de loin. Et du jour au lendemain je me suis retrouvé devant un public que je ne connaissais pas du tout et que j’allais plus revoir un an après pour une grande majorité d’entre eux. En live ça libère énormément. Je pensais pas un jour faire du karaoké live. Déjà, je suis un gros fan de concert donc j’y allais environ deux trois fois par semaine. Et j’ai rencontré par ce biais pas mal de gens qui organisaient des concerts, qui avaient des groupes et c’est ça qui m’a permis de jouer assez facilement aussi. Mais sinon à Dijon y’a aussi pas mal de trucs. On organise des concerts avec les gens de Loaded Collective et on passe du rock, du psyché, de la chill pop donc effectivement j’ai l’occasion de voir pas mal de groupes à Dijon.

 

Bohemian Songs sortira courant janvier sur les label Doggo Agostino (France) et Galaxy Train (Japon).

 

Crédit photo: Kévin Valentin

Découvert via Groover, Pasta Grows on Trees est distribué par Spinnup.