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Hyperpop : la musique du futur s’écoute dès aujourd’hui

Chez Spinnup, on aime bien décortiquer les tendances musicales actuelles. Alors après le lofi, le pop punk, les musiques afro, c’est au tour de l’hyperpop. 

Depuis quelques années seulement, l’hyperpop trace son chemin petit à petit de l’underground au mainstream. La vocation même de l’hyperpop est de s’approprier les codes de la pop mainstream, de les parodier, de les tordre dans tous les sens, pour la transcender et la sublimer. On pourrait penser que le genre resterait une niche, pourtant il n’en n’est rien. Grâce à des artistes comme Charli XCX ou 100 Gecs, l’hyperpop vient se battre sur le même terrain que le style dont elle s’inspire : la pop mainstream.

Nous sommes le 17 Septembre 2011. Sur Youtube est uploadée une vidéo qui va faire beaucoup (trop) de bruit. Cette vidéo, c’est le clip “Friday” de Rebecca Black. Devenu un mème difficilement supportable, cette vidéo tient son succès aux moqueries qu’elle provoque. De manière involontaire, le titre souligne parfaitement les travers et les ficelles que l’on retrouve dans les titres mainstream de l’époque : des paroles légères, une topline ennuyante, absolument pas novatrice, un clip mettant en scène des ados – la cible du titre. Bref, c’est drôle donc ça séduit internet c’est le déchainement.

10 ans plus tard, c’est l’anniversaire du titre. Surprise, Rebecca Black sort un remix, qui ne fera – certes – pas autant de bruit que l’original, mais qui aura le mérite d’apporter quelque chose en plus. Dès l’intro, qui reprend d’ailleurs celle du clip de base, Rebecca Black apparaît tout sourire. Terminé l’appareil dentaire et le maquillage démodé, la voilà tout de latex vêtue, pourvue d’un énorme collier ras-du-cou à pics, un maquillage exagéré, ainsi qu’une tresse bleue et noire démesurée. En fond, on reconnaît l’instru de “Friday”, mais une basse rapide et sautillante a été ajoutée. Arrive alors sa voix, pitchée à l’extrême, distordue. En fond, des nappes de synthés à outrance, qui s’accumulent sans réserve. Niveau visuel ? Le clip est à l’image de la musique, surchargé, bourré de glitch visuels, de lumières, et de référence à des mèmes. Nous voilà en présence d’un titre hyperpop au sens propre du terme.

Comment fait-on de l’hyperpop ?

Le concept est relativement simple à expliquer. Il suffit de prendre les ingrédients pop habituels et d’en pousser les curseurs jusqu’à leur maximum, qu’ils soient visuels ou sonores. Vous obtiendrez des sonorités extrêmes, rapides, parfois tellement saturées qu’inaudibles. Pour ce qui est de la rythmique et des sonorités, on retrouve une influence certaine du nightcore. En tout cas pour ses voix ultra pitchées, et ses nappes synthétiques. Il y a un petit côté eurodance teinté de hardcore, comme si les 2 styles s’étaient percutés à 1000 à l’heure pour fusionner ensemble.

Attardons-nous sur l’aspect visuel. Dans le cas de Rebecca Black et de son remix, on retrouve des références à la culture internet tout au long du clip. L’affiliation est logique tant le titre initial a obnubilé la toile pendant plusieurs semaines. On pourrait parler d’une certaine revanche de la part de la chanteuse, mais pas seulement. Ce sont aussi les codes purs et durs de l’hyperpop. On y trouve une forte influence du courant seapunk, reconnaissable par son absurdité et ses couleurs pastel, ses néons, son aspect surchargé.

On récapitule ? Prenez la culture internet, ses mèmes, ajoutez-y un peu de seapunk pour le design et du nightcore pour la musique. Et servez-vous de cet attirail pour vous réapproprier les codes de la musique pop. Ça fait de l’hyperpop.

 

PC Music, les précurseurs

Le point de départ du genre, c’est le label PC Music. Et plus particulièrement son créateur, l’artiste A.G Cook. Le britannique, désormais installé aux Etats-Unis, est fortement influencé par absolument tout ce qui se passe en ligne ainsi que la musique pop. Il confie d’ailleurs à ce propos au micro de l’émission d’Arté, Tracks, que la pop n’est pour lui pas un plaisir coupable. Son credo, l’expérimentation. Et ça fonctionne. Il draine derrière lui pas mal d’artistes qui suivront sa vision.

En 2015, sort la compilation PC Music Vol.1. Sorte de pierre angulaire du genre. Le projet vient fédérer des artistes qui n’avaient pour l’instant eu que des initiatives individuelles. GFOTY ou encore Hannah Diamond – qui deviendront avec le temps des portes-étendard du genre – côtoient des artistes plus confidentiels comme les Lipgloss Twins ou EASYFUN. En tout cas, la compil fonctionne bien, le terme hyperpop commence à circuler. Une deuxième compile apparaît un an plus tard, la PC Music Vol. 2 et le label continue d’apposer sa marque dans le game.

Le rôle de Spotify

Si aujourd’hui on peut facilement dire que l’hyperpop est un genre à part entière, c’est grâce à Spotify. Finalement, c’est assez logique qu’un mouvement si étroitement lié à la culture internet, soit adoubé par une des entreprises phare du milieu.

C’est Lizzy Szabo, éditrice de playlist chez Spotify qui l’explique dans une interview au New York Times. Elle et ses collègues ont commencé à voir apparaître le terme dans les métadonnées des titres uplaodés sur la plateforme dès 2014. Mais il fallut attendre 2019 et le succès de 1000 Gecs le premier album du groupe 100 Gecs pour que le terme prenne en popularité. Face à cette augmentation de l’affluence du terme, Lizzy Szabo décida de créer une playlist nommée «Hyperpop».

C’est cet événement qui vient sceller dans le marbre le nom définitif du genre, qui oscillait encore autour de pas mal d’itérations différentes, comme la bubblegum bass par exemple. Une première dans l’histoire de la musique.

L’hyperpop aujourd’hui

Le genre fait son chemin, vogue tranquillement vers le mainstream. Parmi les acteurs du mouvement, on retrouve Charli XCX.. La chanteuse qui, en 2014, figure sur le titre “Fancy” d’Azelia Banks, qui a fait les premières parties de Coldplay ou Santigold. Bref, une artiste pop et mainstream. Elle choisit en 2017 de prendre A.G Cook comme directeur de la création de son projet artistique. Les projets qui découlent de cette collaboration peuvent aujourd’hui être considérés comme les prémices du genre, ou en tout cas les premiers succès. Et ça ne sera pas la seule, comme avec notamment le succès du groupe 100 Gecs, véritable ras-de-marée. Mais qu’est-ce qui fait que l’hyperpop prenne tant d’ampleur ?

L’hyperpop est l’évolution illogique de la pop music. Le genre vient déconstruire les codes de la pop pour se les approprier. Que ce soit pour ses visuels et ses sonorités, l’hyperpop colle à l’air du temps. Et à l’heure de la déconstruction de la théorie du genre et des systèmes de domination de notre société, l’hyperpop peut jouer le rôle de la bande son de ces évolutions majeures. Bon nombre d’artistes transgenres, comme la regrettée Sophie, Black Dresses, ou encore hex code, ont vu le style musical comme un safe space, ou un moyen d’expression essentiel et efficace. Alors plus les voix s’élèvent en faveur de la cause LGBTQIA+, plus on a de chance d’entendre ce genre de musique.